Storytelling : Naissance et Développement de Mon Atelier Partagé

Préambule : Cette storytelling raconte les premiers pas de notre espace partagé de menuiserie. Elle parle de ses utilisateurs et met en évidence la nécessité de passer du stade de laboratoire à auxiliaire  incontournable des artisans et de leurs partenaires privés et publics.

I-La rencontre 

Une histoire qui s’écrit dans un lieu bienveillant, après une épreuve entrepreneuriale commune et qui met en avant des valeurs d’entraide, de professionnalisme et de durabilité.

Le lieu bienveillant :

la tour Oxygène de Lyon où se déroulent les comités de pilotage de l’association 60 000 Rebonds ;

L’épreuve similaire :

le dépôt de bilan en 2016 des entreprises Zébranos et ToutBois, deux menuiseries lyonnaises ;

Les valeurs :

la valorisation et la transmission des savoir-faire de nos métiers du bois auprès des « artipreneur » ;

Petit retour en arrière : où il est question de menuiserie, d’escroquerie, de faillites, de stress et de cigarettes.

pierre1.PNG
cat1.PNG

II-Flash-back : 2016 - le tournant professionnel

Au sein de leurs menuiseries respectives, Catherine et Pierre expérimentent, en tant que dirigeants, toutes les joies et les difficultés qu’il y a à piloter une entreprise. La menuiserie d’excellence est un environnement très mouvant, et nos deux dirigeants ont eu à gérer créativité et production avec rigueur, car la concurrence et l’exigence sont partout. Tous deux ont une vision très claire, très affutée des valeurs entrepreneuriales.

Pour Catherine, le « grain de sable » viendra d’un promoteur megevan, ayant pignon sur rue, adepte des montages financiers internationaux et véreux. Il organisera sa faillite personnelle pour échapper à sa condamnation.

Pour Pierre, «l’empêcheur de tourner en rond » est un cocktail bien connu des chefs d’entreprise : stress, surcharge de travail, horaires à rallonge, cigarettes ...un jour le corps lâche.

60000r.PNG
pie3.PNG
cath4.PNG

Catherine lance en Janvier 2017 Mon Atelier Partagé   et

expérimente la mutualisation de son espace équipé auprès des

micro-entreprises des métiers du bois.

                 Pierre viendra mettre son grain de sel en 2018

Une année n’a pas été de trop pour mettre en place les contours de

 ce lieu atypique.

Capture1.PNG

Ni Fablab numérique : nul outil technologique ou numérique : c’est juste un atelier de menuiserie  traditionnel

Ni Tiers-lieu : l’atelier n’a pas vocation à être détourné de son usage

Ni Incubateur : le projet entrepreneurial est pris en compte mais c’est par le « métier » et le diplôme que l’on devient  utilisateur

Ni pépinière : aucun local dédié au sein de cet atelier, mais un usage nomade en fonction des besoins

Ni Coworking au sens tertiaire du terme : certes, on partage des établis, des outils, des espaces communs et oui, la collaboration y est prépondérante, mais  il n’y a pas d’abonnement au mois, ni caution annuelle.

 

Mon Atelier Partagé est un peu tout ça à la fois.

Le définir, c’est définir le profil des professionnels qui l’utilisent :

-femmes et hommes, ayant un projet entrepreneurial, issus de la reconversion ou tout juste diplômés qui cherchent à se lancer, souvent seuls dans leur structure de micro-entreprise ou TPE. Pour eux l’urgence est de limiter les charges fixes.

-à court terme, ces « nomades » ne souhaitent donc pas investir dans un local privé financé par l’emprunt : ils veulent rester mobiles, pouvoir gérer leur temps et s’autoriser à quitter l’artisanat si besoin.

LE CHOIX DE NOTRE ATELIER : les utilisateurs viennent profiter de  souplesse de la structure : l’atelier se caractérise par la flexibilité de ses services : on y vient quand on en a besoin, on ne paye que ce que l’on consomme. Avant l’ouverture de l’atelier, ces professionnels se débrouillaient autrement : travaillant dans un garage, une cave ou directement au domicile du client.

A voir ce profil d’utilisateurs, on entend souvent dire qu’un auto-entrepreneur n’est pas un dirigeant d’entreprise comme les autres. Les économistes estiment que cette population est trop mouvante et dispersée pour faire une bonne cible économique.

 C’est oublier que si l’on ne naît pas chef d’entreprise, on le devient…et vite. Celui qui n’évolue pas, qui n’anticipe pas, ni ne maîtrise les données économiques changeantes, va dans le mur. Pierre et moi l’avons maintes fois expérimenté et c’est ce que nous souhaitons transmettre : l’auto-entrepreneur doit rester agile et réactif,  et garder à l’esprit qu’il lui faudra se transformer.

C’est sur cet aspect majeur de la posture de l’artisan que veut s’orienter Mon Atelier Partagé. La Chambre des Métiers parle « artipreneurs » et nous partageons pleinement cette vision.

cap2.PNG

Après quelques mois de présence, les questions de nos utilisateurs ne se limitent plus à :

« Comment vais-je fabriquer, dans quelles conditions de sécurité, à quel prix, chez qui prendre mon bois, ma quincaillerie…. »

Désormais, notre équipe est confrontée à des demandes de partages d’expériences et des questionnements économiques : «  Suis-je rentable, comment valoriser mon prix de vente, gérer un conflit client, comment me développer, gagner en compétence et en rentabilité…etc »

L’atelier a vocation à devenir un point d’ancrage, un ferment de stabilité, avec en retour, de très fortes attentes à son égard.

 

Répondre à ces attentes implique de:

-Créer une structure exemplaire qui permet à l’artisan le passage de la sémantique « Métier » à la dimension Entreprise.

-Transmettre et partager des valeurs d’entreprise : le professionnel a des devoirs de qualité envers ses clients : il est primordial de favoriser cette recherche de qualité par un environnement favorable et serein.

-Changer la façon de produire : produire en étant moins isolé, produire en bénéficiant d’infrastructures de qualité, maintenir un haut niveau de compétence et favoriser le développement économique.

-Intégrer les changements liés à la relation clients-entreprises en proposant de mutualiser la communication, l’événementiel, un show-room vivant, de la domiciliation et du service comptable.

- Accompagner la transformation de l’entreprise pour celles et ceux qui veulent, non seulement dégager des profits, mais aussi accepter de porter une responsabilité sociale et environnementale, sur le modèle des entreprises à missions.

 

Une nouvelle réalité s’est donc imposée : Pour Catherine et Pierre, il devient évident de créer un nouvel atelier pour les professionnels. Proposer un lieu de fabrication était nécessaire : en augmenter la portée dans le domaine des services, du marketing, du professionnalisme est désormais incontournable.

IV-Mon Atelier Partagé 2017-2018   

 

Deux années d’expérience,

48 artisans utilisateurs,

104 utilisateurs particuliers

11 reconversions professionnelles en cours,

8 jardins partagés (qui récupèrent nos copeaux)

            1 fondation, 1 PRE, 1 école, 1 association…etc

                      

Et aussi : de la mixité, de la bienveillance, des rires, de l’entraide et des ateliers partagés partout en France.

 

Quelles leçons tirons-nous de ces deux années ? Quelle vision avons-nous ?

Pierre : en France, contrairement à d’autres pays, les métiers manuels sont encore des voies de formations par défaut, principalement par manque de considération quant aux perspectives de salaire et de pénibilité.

Les métiers évoluent et les prospectives d’avenir promettent que nombre des métiers de demain n’existent pas encore.

L’avenir passe par la revalorisation des métiers manuels car ces métiers auront toujours leur place dans notre quotidien et la recherche de l’excellence aidera à reconsidérer nos aprioris. Il sera important de créer des ponts avec toutes les structures –écoles, métropoles, éco-citoyens, associations, qui associent le partage, les savoir-faire, la transition écologique.

Catherine: le nombre d’auto-entrepreneurs et de personnes en reconversion est en constante augmentation. Or les statuts de début d’activité, fiscalement intéressant et facile à mettre en place, ne permettent pas de financer les investissements nécessaires à la mise en place d’un atelier. L’avenir de ces futurs artisans passe par un effet « pépinière + coworking » qui permet d’éviter la prise de risques inutiles. Notre lieu permet à chacun de tester son modèle économique et trouver son rythme de croisière.

b.PNG

Mutualiser les services, apporter de la visibilité, favoriser le développement durable et donner du sens : voilà la mission que nous nous sommes donnés. Cela correspond non seulement à l’état d’esprit des nouveaux artipreneurs, mais également à la volonté de leurs clients.

V-Et les particuliers ?

Le secteur du bricolage se porte bien, avec des ventes en hausse de 1,9% par rapport à l'an passé (Source France 2- juin 2018). Les grandes enseignes ne s’y sont pas trompées, elles multiplient les offres de conseils et cherchent à imiter les fab-lab (Voir enseigne Leroy-Merlin).

Catherine : De par mon parcours atypique, je comprends que l’on souhaite passer du « bricolage » à une forme de professionnalisme. Apprendre à travailler le bois, dans le respect des règles l’art, est une demande récurrente des particuliers qui découvrent l’existence de Mon Atelier Partagé. Grace à la mise en place de règles de sécurité strictes et au travers d’offres d’encadrements adaptées au niveau de chacun, nous avons pu ouvrir l’atelier aux néophytes… Côtoyer des professionnels, les voir travailler permet à ces « bricoleurs » de remettre en perspective : la valeur du diplôme, celle de l’expérience, et le prix des objets.

Pierre : La mixité, voulue et organisée au sein de Mon Atelier Partagé, se révèle avantageuse tant pour les professionnels que pour les particuliers. Nos établis, nos machines-outils sont implantés comme dans un véritable atelier de menuiserie, le particulier est donc en immersion complète dans un milieu de type professionnel : le bruit, la poussière, l’odeur du bois et les dangers y sont constants. Voir des professionnels au travail est une source d’émerveillement pour nos amateurs. Quant aux professionnels, nous leur demandons d’être à l’écoute et d’échanger, au moins sur les temps de pause et de déjeuner, ils apprennent ainsi énormément des attentes du publics : des produits durables, de fabrications françaises, issus de forets locales…Grace à ces échanges, beaucoup de jeunes artisans trouvent des arguments pour défendre leur métier et leurs prix de fabrication.

jj.jpg

Ces lieux de fabrication  sont à considérer comme les laboratoires des nouvelles formes de travail.

La location d’espaces marque l’avènement de l’ère du partage et de l’économie collaborative, considérés, non plus comme des utopies, mais comme le signe d’une transition qui intègre la cohésion sociale.

VII-Que fait-on en 2019 ? : la même chose, mais en plus grand

Deux années pleines permettent de tirer les leçons du concept de partage d’espaces en menuiserie. Mon Atelier Partagé a trouvé son public. Le seuil de rentabilité  a été  atteint en juillet 2018.

Il importe désormais d’élargir notre cible, accroître notre capacité d’accueil et de générer des bénéfices constants et de confirmer un modèle économique naissant.

dd.PNG
ff.PNG
gg.PNG

L’implantation : Le choix du lieu d’implantation est stratégique, car il doit convenir aux professionnels et à leurs fournisseurs de bois, ainsi qu’aux particuliers et tous n’ont pas forcément un véhicule …La mobilité est un enjeu majeur, ceux qui se déplacent en voiture doivent pouvoir limiter leurs temps de trajet, et stationner facilement, ceux qui font le choix du “sans-voiture” doivent profiter du réseau TCL.

La zone du Carré de Soie, à Vaulx-en-Velin serait, de ce point de vu, un choix pertinent.

lo.PNG
logg.PNG

  Catherine Fortier monatelierpartage@gmail.com 06 22 29 91 01                         janvier 2019 Pierre Molinaroli pierremolinaroli@gmail.com     06 75 66 75 28                      janvier 2019